1935 : La Machine : La mort étrange du père Lacroix

La dernière fois qu’on l’avait vu, le père Lacroix, c’était le 13 mai. Agé de 81 ans, il se promenait volontiers dans les quartiers nord-est de La Machine, vers la route de Thianges, voyez. A ceux qui l’avaient croisé le 13 mai, il avait paru aussi jovial que d’habitude, plein de santé.

MystèreJustement : qu’on ne le voie plus, ça ne pouvait être normal. Un de ses neveux s’en inquiéta, qui vint voir Mme Lacroix à leur domicile, rue de la Chaume ; cette personne, selon Paris-Centre, qui «depuis quelques années ne jouit plus de la plénitude de ses facultés mentales», ne parut pas étonnée des questions de son neveu par alliance : «Le vieux François? Mais vas donc le chercher... Il est au jardin!» Et au retour du neveu : «Tu ne l’as pas vu dans le jardin? Vas donc le réveiller, il doit être dans la chambre.» Or elle était vide.

Bizarre. Le neveu alerta les gendarmes. Ils commencèrent une enquête. Elle ne donna rien. La Machine est entourée de bois : on y organisa des battues.

Le père Lacroix était porté disparu depuis 3 semaines quand on trouva son cadavre, ce qui fit l’objet d’un bon article de Paris-Centre début juin; Dans un fourré du bois des Ecots. «Au pied d’un jeune chêne, un corps en complète décomposition était étendu».

Tandis que le docteur Broquin était chargé de faire l’autopsie, on se questionna sur la nature du décès : mort naturelle, suicide, accident?...

Le suicide parut improbable : cet ancien mineur était un joyeux luron, «étonnant chaque jour ses amis par l’étalage d’une vitalité exceptionnelle pour un octogénaire». Il vivait bien, complétant sa retraite par les loyers de deux petites maisons qu‘il possédait. «Nulle idée de suicide ne paraissait hanter son esprit.» Justement, des amis, il en avait quelques-uns, à qui il vint aux oreilles que le cadavre avait été trouvé les poches vides. «Or M. Lacroix, craignant les excentricités maladives de sa femme. portait toujours sur lui un portefeuille contenant la majeure partie de l’argent liquide qu’il possédait!»

Le lendemain, Paris-Centre ajoute qu’on n’a trouvé dans les vêtements aucun des articles que le défunt portait toujours : «Ni clef, ni mouchoir, ni couteau». On envisage qu’on l’ait assassiné pour le voler.

Article suivant : l’autopsie s’avère difficile en raison de l’état du corps. Par contre «une femme est gardée à vue à la gendarmerie de La Machine... Il n’y aurait pas eu crime dans le sens littéral du mot, mais mort accidentelle dans des circonstances assez spéciales.» Phrase particulièrement ambiguë suggérant l’embarras des autorités et de la presse avant de révéler quelque chose. D‘ailleurs il y a un doute : «Le père Lacroix fut-il purement abandonné sur place, après sa mort, ou transporté à l’endroit où il fut découvert?»

Il semble bien que le vieillard soit mort de poison, et que le corps n’ait été posé où on l’a trouvé qu’après le début des recherches.

Or les langues se délient. Certes, des lettres anonymes accusent n’importe qui et n’importe quoi, n'importe où. (On s’entraine : d’aucuns se déchaineront à l’aise la décennie suivante, sous l’Occupation). Mais des témoignages plus consistants indiquent que, justement en raison de sa verdeur particulièrement acérée pour son âge, le père Lacroix courait le guilledoux... Et auprès de qui, s’il-vous plait? D’une Mme Colas.

Enigme 7

Bien joué, finalement vous n'avez pas cliqué n'importe où.
Elle est bien étrange l'histoire du père Lacroix n'est ce pas ? En tout cas, votre persévérance vous donne la lettre c.
Juste pour info, vous approchez de la moitié du jeu. On continue toujours ?

Puisque vous semblez aimer les énigmes, je vous propose de chercher la lettre suivante. Vous la trouverez simplement en soulevant trois grosses pierres plates. Mais où trouve t'on des grosses pierres plates ?

Une perquisition est opérée chez elle, longue de 5 heures, minutieuse. Elle ne donne rien. Sauf qu’elle a un autre amant que Lacroix, un nommé Pégon, et que celui-ci est trouvé en possession de la montre de François Lacroix. Il dit que c’est un cadeau qu’elle vient de lui faire. C’est important, mais on n’a pas encore le portefeuille du défunt : «Saura-t-on jamais où sont passés les quarante et quelques beaux billets de l’octogénaire machinois?» écrit Paris-Centre, après qu’on a appris que Mme Colas a «assisté» aux derniers instants du défunt, lequel serait mort, selon elle, accidentellement. Il aurait eu un malaise, elle lui a donné du sucre en guise de premier soin, et ça n’a pas suffi. «Mieux encore, elle avoue qu’ayant assisté à l’agonie du père Lacroix, elle n’avait pas jugé utile d’avertir ni la gendarmerie ni un docteur».

En tout cas Marie Colas et Pégon sont tous deux incarcérés;

Puis le quotidien fait son enquête sur Mme Colas, qu’il définit dans un titre de paragraphe comme «Une femme porte-malheur». C’est l’occasion d’un portrait un tantinet au vitriol (plein de moralisme : un amant est réputé jouir d‘un bonheur «illégal») :

«Cette femme prit comme premier époux un certain M. Levieux. Ce brave homme fut tué au cours de la guerre. Quoique mère de deux enfants, elle se consola rapidement, semble-t-il, de la disparition de son mari. En 1929, elle régularisa une de ses multiples «aventures» en convolant avec M. Colas, alors âgé de 70 ans. Deux ans après M. Colas décédait.

Vainement les enfants de ce dernier s’intéressèrent à l’héritage qui devait normalement leur revenir : les économies de leur père avaient disparu!

Libre d’elle-même, la femme Colas ne manqua pas d’oublier aussi rapidement que le premier son second mari. Le père Carré, vieillard de 78 ans, devint l’élu de son coeur facile. Son grand âge assurait la femme Colas d’une fidélité certaine, et puis ma foi le père Carré avait un petit avoir! Il ne profita pas très longtemps de son bonheur «illégal». Vaincu par le sort qui s’attachait à cette femme, un beau jour il succomba.

C’est alors que, bien décidée à «vivre sa vie», cette championne du veuvage poursuivit sa route pour la recherche de l’âme soeur. Pégon, «coq de village» à l’allure gaillarde et suffisante la séduisit. Mais cette conquête facile ne calma pas - sinon l’ardeur - du moins la cupidité de la femme Colas.

Le père Lacroix, alerte malgré ses 82 années, vivait de ses rentes, de ce fait il obtint aisément en concurrence avec Pégon les faveurs de l’éternelle veuve. Et c’est ainsi qu’il put avoir, sous le couvert d’une vague et lointaine parenté, «d’amicales « entrevues avec Marie Colas. Il conversait fréquemment avec elle et lui offrait parfois l’apéritif. Cette amitié ne trompait personne à La Machine, et la nature des relations qu’entretenaient ces amoureux «fin de siècle» n’échappaient pas à l’observation de tous. Comme ses prédécesseurs, le père Lacroix fut sans doute victime du mauvais sort que Marie Colas jetait à ceux qu’elle fréquentait!

Pégon ne s’exclamait-il pas, lui-même, samedi dernier, à la porte de la prison, en termes beaucoup moins galants que ceux que nous employons : «C’est de ta faute, si je suis là. Ah! Si ne ne t’avais pas connue!»

La femme Colas est inculpée de meurtre.»

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