Nostalgie d'un temps révolu ...

Pour ou contre l'exploitation du charbon ?

A La Machine, la question ne se pose pas: Les habitants, anciens mineurs ou non, n'ont toujours pas digéré la fermeture des puits. Les cités ouvrières grouillantes d'activité sont devenues des zones pavillonnaires engourdies.

La plupart des commerces de la rue principale ont baissé le rideau depuis longtemps. Et les chevalements des anciens puits, statues de métal anachroniques, témoignent seuls d'une époque révolue. Nous sommes à une dizaine de kilomètres à vol d'oiseau de Cossaye et Lucenay-lès-Aix, deux bourgades rurales bousculées dans leur tranquillité, voilà un mois, par l'annonce subite d'un projet d'extraction et d'exploitation du charbon à grande échelle. Nous sommes à La Machine, ancienne ville minière, où tout le monde évoque la nostalgie d'un passé florissant.

« Vous aurez du mal à trouver quelqu'un ici qui est opposé au projet de Lucenay/Cossaye », sourit Alain Pages, ancien mineur machinois. Pendant l'été, il fait visiter le musée de la mine aux touristes. « Depuis un mois, nous avons vu beaucoup d'habitants de Lucenay-lès-Aix et Cossaye. Ils viennent voir ce qu'était la mine, ils nous posent des questions, ils discutent. Certains sont pour, d'autres contre. »

Souvenirs de La MachinePour les Machinois, la houille était source de richesse et d'activité économique. La fermeture des puits, en 1974, a été ressentie comme un véritable déchirement, non seulement par les gueules noires, mais aussi par tous ceux qui, indirectement, vivaient de la mine. Bernard Pélisse tenait une boucherie-charcuterie. « Je suis parti en retraite en 1996... Et j'ai fermé. Personne n'a repris le commerce. Lorsque les mineurs ont quitté les lieux, on savait que c'était fini », raconte-t-il.

En 1955, La Machine comptait, aux dires de ses habitants, douze boulangeries, douze boucheries-charcuteries et trente et une épiceries ! Les époux Ponthieux tenaient l'un des commerces d'alimentation générale, dans la rue de la République. « Tous les 12 et 27 du mois, les mineurs étaient payés en liquide », se souviennent-ils. « Ces jours-là, il y avait un grand marché dans la ville. Les files d'attente étaient énormes ! Aujourd'hui, ces commerces sont devenus des habitations. »

Une aubaine

La commune a compté plus de 6.000 habitants après guerre. Le recensement de l'Insee de 1982 chiffrait sa population à 4.627 âmes, celui de 1999 à 3.735 habitants. « Lors des grandes années, un quart de la population était constituée d'enfants », rappelle Jean Gribet, petit bonhomme de 90 ans, qui a travaillé à la mine de 1931 à 1974. « Les écoles refusaient du monde. Tous ces petits loupiots sont partis chercher du travail ailleurs. Maintenant, il n'y a quasiment que des personnes âgées, des maisons sont en ruines, et des terrains en friches. » S'appuyant sur ce triste constat, les Machinois sont persuadés que le gisement du Sud-Nivernais est une aubaine, non seulement pour les communes concernées, mais aussi pour le département. « Si on avait quelques années de moins, on retournerait bien au charbon » s'amuse Alain Pages. Ils savent cependant que le contexte est totalement différent. Deux mille mineurs travaillaient à La Machine, alors que trois cent trente-sept emplois sont annoncés à Lucenay/Cossaye. La croissance économique des années 50 et 60 n'est plus de mise. Les questions environnementales, insignifiantes à l'époque, sont devenues prépondérantes. Et le métier de mineur a complètement changé.

« C'était la vie »

Mais peu importe, ils sont tous favorables au projet comme Jean Gribet : « A quoi ça sert d'organiser des réunions publiques pour monter les gens les uns contre les autres ? A quoi ça sert d'écrire "adieu veaux, vaches, cochons" sur des pancartes ? Ce qu'on perd d'un côté, on le gagne de l'autre. Nous vivons dans une société où 10% de la population est au chômage, avec tout ce que cela comporte de désagréments sociaux et familiaux. Et l'on va préférer cela au travail ? A La Machine, du temps de la mine, il n'y avait pas de chômage. Il n'y avait pas beaucoup de riches, mais pas de pauvres non plus. Des gens qui perçoivent le RMI sans rien faire, ça n'existait pas. La mine prenait tout le monde, les bons, les mauvais, les costauds, les maigres... tout le monde trouvait sa place. La mine, c'était des joies, des peines, des difficultés, du bruit le matin, des gens qui partaient travailler et qui croisaient ceux qui rentraient. La mine, c'était la vie. »

Article du journal du centre du 15 septembre 2006

PS : On sait ensuite que malheureusement (ou pas), le projet d’ouverture d’une mine de charbon couplée à une centrale thermique avec captage et stockage de CO2 a été rejeté. En décembre 2009, le ministère de l'écologie (Jean-Louis Borloo) a dit non au charbon nivernais.

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