La Machine, station balnéaire...

La Machine, station balnéaire. Cà pourrait ressembler à de la science-fiction me direz-vous, et pourtant, le projet a failli voir le jour. Je vous explique ci-dessous les détails de ce projet hélas mort-né.

Pour ça, il faut se remettre dans le contexte de la fin des années 60. Beaucoup d’anciens mineurs le savent, la fermeture des mines (et du dernier Puits des Minimes) était déjà dans les esprits à cause de l’épuisement des ressources accessibles en charbon. Vers 1964-1965, beaucoup prédisaient une fermeture pour 1971. Finalement, elle a été repoussée à 1974.

En 1967, le Conseil Général de la Nièvre présidé par Robert Guény à l’époque avait lancé une sorte de référendum sur l’avenir de la commune, des ouvrières et ouvriers et sur le devenir des nombreuses installations encore existantes ainsi que du site proprement dit. Parmi plusieurs projets plus ou moins intéressants, il en est un qui se détachait particulièrement. Une station balnéaire à La Machine. Contrairement à ce que l’on pense, il n’est pas nécessaire d’avoir la mer devant sa porte pour ce type de projet. La définition exacte est:

Unestation balnéaire(du latin statio, de stare : « se tenir debout » et de balnearium, de balneum : « bain ») est un lieu de séjour situé en bord de mer ou tout autre endroit présentant des bains et aménagé pour l'accueil des vacanciers.

L’étang Grainetier, les ateliers de lavage du charbon, l’étang neuf, le chemin de fer jusqu’à Champvert, tous ces lieux se prêtaient particulièrement au projet.

Pour entrer dans les détails, il avait tout d’abord été prévu de rehausser la digue de l’étang Grainetier de 2m50 à 3m, ceci afin d’augmenter la profondeur de l’étang, mais surtout sa surface qui d’après les calculs doubleraient la surface de l’étang avec une hauteur supplémentaire de 2 mètres et multiplieraient par 2,7 sa surface avec une hauteur passée à 3 mètres supplémentaires. Je vous rappelle qu’à l’époque la guinguette n’existait pas. Toujours en ce qui concerne cet étang, il était prévu de le relier à l’étang neuf par un canal large de 12 mètres empruntant un tunnel sous la ville et d’y faire circuler de petites navettes d’un étang à l’autre. Les ateliers de lavage auraient été eux aussi réaménagés et transformés en mini port de plaisance reliés au canal du nivernais à Champvert par un autre mini canal. Les activités prévues étaient outre la baignade (avec une piscine à vagues qui aurait été la première de France), une seconde piscine de 50 mètres, le ski nautique, balades en canoé et pédalos. N’oubliez pas que nous sommes à la fin des années 60 et que les acticités nautiques sont encore assez rares.

Station balnéaireComme vous pouvez le voir, beaucoup d’aménagements tournent autour de l’eau. Mais pas que. Il était envisagé que cette station vive 365 jours dans l’année et non pas qu’en été. Aussi, rajoutons à ceci une piste de slalom sur neige en hiver (ou sur herbe en été) à l’emplacement du plan incliné entre la Basse et la Haute meule, une piste de ski de fond au travers de la forêt des Minimes. A cette fin, il était prévu d’utiliser des canons à neige qui faisaient leurs débuts en France. Pour la petite histoire, sachez que début des années 1960, le CAF Autun (M. Jandreaux) importe les premiers canons à neige en France à la station du Haut-Folin (massif du Morvan).

Voilà ce qui était prévu dans les grandes lignes pour les activités.

Il faut bien entendu un projet immobilier afin de faire vivre tout ceci. Et là, le projet était plutôt grandiose, voire démesuré. A la place de la guinguette actuellement (Ce n’est pas précisé sur le document original, mais la vue d’ensemble semble le confirmer), il était prévu un hôtel de 400 places minimum, ultra moderne, et aussi un grand terrain de camping 3 étoiles en plein cœur de la forêt des Glénons.

Navette aérienneLes transports et les infrastructures n’avaient pas été oubliés avec une navette aérienne - sorte de téléphérique un peu comme la photo ci-contre - à l’emplacement actuel du chemin de Fond-Judas, l’élargissement à 3 voies de la route reliant La Machine à St-Léger des Vignes, ainsi que des navettes gratuites entre la station balnéaire et le centre-ville. Ce dernier toujours très actif dans ces années là se serait embelli avec la plupart des devantures des vitrines rénovées pour correspondre aux normes en vigueur dans les années fin 60 début 70. Les entreprises locales de BTP étant largement mises à contribution.

A l’époque, Jacques Chirac qui était Secrétaire d'État à l'Économie et aux Finances avait dit (parait-il) que l’Etat dépenserait sans compter pour ce projet. Il a été murmuré qu’il voulait couper l’herbe sous le pied à François Mitterrand sur ses propres terres. Enfin, il faut toujours se méfier de ce qu’on lit par ci et par là…

Et puis après? outre les retombées économiques pour la ville, beaucoup d’emplois auraient été créés dans le domaine de l’hôtellerie, des transports, des loisirs. Beaucoup d’emplois jeunes vous allez dire. Bien entendu, il est difficile de redonner un emploi à des personnes ayant un certain âge, mais d’autres projets étaient prévus pour les plus anciens.

Le financement

L’Etat prenait en charge 65% du financement immobilier, y compris les infrastructures routières (Elargissement des routes, des ponts) et «nautiques», à savoir le percement du canal jusqu’à Champvert et du canal sous la ville.

La région Bourgogne 20 % avec en particulier les travaux de l’étang Grainetier.

Le département quant à lui assurait avec la commune les 15% restants, la plupart étant réalisés par des entreprises locales du BTP.

Le projet était viable, prometteur et surtout sans équivalent pour une petite ville. Alors que s’est-il passé?

Nous sommes maintenant début 1968 et déjà ça commence à bouger partout en France, et pas que dans les universités. Les évènements cette année là, tout le monde les connait, les grèves qui durent, les dépenses de l’Etat pour satisfaire les besoins et les revendications, et un budget qui se réduit comme peau de chagrin.

Résultat, le 18 juillet 1968, Robert Guény reçoit un courrier du Ministère de l’économie et des finances annonçant que compte tenu des récents évènements en France, l’Etat est contraint de se désengager de ce projet faute à un budget revu fortement à la baisse. C’est la douche froide pour la région, le département, et par-dessus tout pour la ville et sa population. Après diverses négociations entre les différents protagonistes, le projet est définitivement abandonné le 16 septembre 1968.

Aujourd’hui, beaucoup de regrets subsistent, mais ces regrets seront vite oubliés car, cette histoire a été composée à l'occasion du 1er avril et finalement, tout ceci n’est que pure invention de ma part.

Mais comme je vous l'avais dit un peu plus haut, il faut toujours se méfier de ce qu’on lit par-ci ou par là….

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