Le Curé Dany, un curé parmi d'autres, mais un peu particulier

Parmi tous les curés qui ont officié à La Machine dans les différentes églises, un d'entre eux s'est particulièrement illustré (en bien ou en mal ?), mais son passage à La Machine est digne de la saga des Don Camillo.

Don CamilloVoici l'histoire du curé DANY au sein de notre ville.

Le curé Dany originaire d'Avignon est arrivé en 1831. Il venait des environs de Rambouillet d'où la révolution de 1830 l'avait chassé. Il fit aussi un bref passage dans une petite paroisse du Morvan entre ces deux dates.

Dès sa prise de fonction, le Curé Dany trouva que la chapelle était trop petite et trop vétuste. Il y avait en effet 2200 habitants au lieu de 400 au moment de sa construction. Il forma donc le projet de bâtir une nouvelle église, et jeta son dévolu sur un champ assez vaste qui faisait alors le coin de de la route des Baraques (Rue Jean Jaurès maintenant) et de la rue principale (D34 ou avenue de la République actuellement).

Monsieur le curé Dany décida que cette église serait ronde, ce qui n'est pas la forme la meilleure pour la stabilité. Il s'adressa donc à la générosité des fidèles, et, en 1833, commença cette église dans le champ qui longe la route départementale. Mais son imagination ardente qui mettait parfois son jugement en défaut, lui fit négliger les moyens qui auraient pu assurer une bonne exécution. Sans architecte, il entreprit une sorte de rotonde qui, au moment où la charpente fut posée, s'écroula dans une horrible confusion. Coût de l'opération : environ 16000 francs. Le Curé Dany, seul responsable de cet échec se trouvait, malgré les dons, endetté d'une somme considérable.

A noter qu'il existe une autre version de ce fiasco : L'église aurait été construite autour d'un vieux chêne qui servait de point d'appui pour élever la coupole, mais lorsque la maison terminée on voulut enlever cet arbre, l'église s'écroula presque entièrement. C'est un peu différent dans le principe, mais le résultat est hélas le même. Cette église dut être abandonnée sans avoir jamais servi.

Le Curé Dany ne se laissa pas abattre (Contrairement à l'église) par le désastre et se résolut à se lancer dans une série de prédications et quêtes dans toutes les villes principales de France. Il y fit distribuer à cette occasion des suppliques imprimées un peu curieuses ... L'une d'elles a été conservée, qui s'adressait aux paroissiens de St Louis d'Antin à Paris. Sous un dessin un peu naïf qui se veut représenter les Mines avec une "église en construction", une "grange servant d'église", 7 grandes cheminées fumantes, un crot et au fond, 5 petits monts escarpés coiffés chacun d'une croix, le tout avec quelques maisons et bonshommes, il annonce la teneur de son sermon qui sera "Le récit de la situation la plus déplorable qui fut jamais, celle des Religieux (sic) ouvriers des mines de Decize, deux mille chrétiens qui habitent de pauvres cabanes et vont chercher dans les entrailles de la terre leur pain de chaque jour (...) et qui ne peuvent terminer l'église qu'ils avaient commencée malgré de cruels sacrifices ... etc etc...

Il faut croire que cette littérature très ampoulée portait bien, car les résultats furent fructueux. Les matériaux de l'église ronde devront être réemployés pour la nouvelle, l'emplacement n'était plus disponible. En 1836, il fit donc au nom de la Fabrique, l'acquisition d'un autre terrain (Situé à peu près place Grillot actuellement). Et dès 1837 fit commencer les travaux tout en continuant à chercher des fonds. Mais cette fois-ci, l'Autorité s'en mêla et ce fut M.Robelin qui fut chargé des plans et de suivre les travaux qui furent terminés en 1839.

Il est impossible de savoir exactement combien elle coûta, car les dépenses se trouvaient, du fait des évènements, confondues avec celles de l'église ronde. Le Curé Dany avait fait entre autres une avance de 6000 francs.

D'autre part, le Curé Dany voulant avoir un presbytère, en fit construire un au nom de sa mère derrière l'église. Tous ces arrangements un peu bizarres compliquèrent souvent la situation.

Arriva la révolution de 1848. L'esprit des masses était pas mal agité et le curé Dany, intimidé par quelques lettres anonymes pleines de menaces et redoutant des troubles importants à La Machine demanda à Monseigneur Dufetre, le poste de vicaire à la cathédrale de Nevers que détenait alors l'abbé Pravieux. Monseigneur malgré les protestations de ce dernier accepta cette permutation. L'installation du curé Pravieux eut lieu le 2 avril 1848, et il ne se passa rien de "révolutionnaire". Mais le curé Dany ne consentit à lui louer "son" presbytère qu'à la condition qu'une pièce lui soit réservée, ce que le curé Pravieux refusa, préférant habiter un logement situé près de l'église. Je passe (pour le moment) sous silence les autres tracasseries provoquées par l'ancien curé.

Celui-ci avant son départ avait bien cherché à se procurer une cloche plus grosse que celle de 150 kilos provenant de l'ex petite chapelle, mais la Fabrique n'avait que des dettes. Mr le Curé Pravieux en ayant parlé au directeur des mines d'alors, Mr Schaerff, celui-ci lui fit cadeau d'un bloc de bronze pur de 500 kilos, la commune acceptant de son côté de payer la fabrication. Seulement, une cloche de 500 kilos n'était pas suffisante car on s'était fixé le poids de 750 kilos. Il fut donc convenu qu'on ferait fondre la petite, mais pour ne pas en être privés, de ne l'envoyer que lorsque l'autre serait installée. Les 100 kilos qui manquaient firent encore fournis parMr Schaerff.

Cette grosse cloche arriva dans la joie de la population, mais au moment de charger la petite sur un chariot, les ouvriers décidèrent de se cotiser pour en payer la valeur, jugeant qu'ils devaient garder cette cloche qui les avait baptisés et mariés. Grâce à leurs cotisations, à une collecte et aussi au Conseil Municipal, la cloche fut sauvée et l'église eut désormais deux cloches.

La grosse, fondue à Riom et donnant le fa dièse, fut bénie le 14 janvier 1849 et prénommée Marie. Le parrain en étaitMr Schaerff, et la marraine, Melle Marie Schaerff, nièce du précédent.

Et notre Curé Dany dans tout ça ? He bien voyant qu'il ne s'était rien passé de grave à La Machine pendant la révolution, demanda à revenir à son ancien poste. Mais cette fois-ci, Monseigneur refusa sa demande. Il essaya alors un tas de moyens peu avouables qui finirent par le fâcher avec tout le monde : Paroisse, Municipalité, Evêché, Mine...

Il demanda alors pour "son" presbytère, qu'on lui remboursât la somme de 4000 francs, plus 800 francs qu'il devait à divers créanciers. Pour en finir, Monseigneur l'Evêque demanda à la commune de prendre des arrangements avec lui, de tout racheter et de l'indemniser. Mais lui, refusa toutes les propositions et ne voulut même pas louer sa maison à un prix raisonnable.

L'église n'ayant pas de sacristie, M. le Curé Pravieux en fit construire une sur le côté du clocher, au midi. Elle fut bénie le 1er novembre 1849. Cette construction donna un prétexte au Curé Dany (encore lui) pour faire assigner le Conseil de Fabrique et le Maire pour qu'ils la fassent démolir immédiatement. Motif invoqué : l'église a été construite par M. Dany avec ses deniers et le terrain qui l'environne est sa propriété. L'examen des comptes et des lieux ayant prouvé la fausseté de ces prétentions, M. Dany fut débouté.

Pour mettre un point final à tous ces ennuis, et puisque M. Dany continuait à refuser la cession de "son" presbytère, il fut décidé d'en construire un autre route des Baraques (Rue Jean Jaurès) ou il est actuellement. Les travaux (RdC seulement du bâtiment principal) furent commencés le 2 juillet 1850, et il fut habité le 11 mai 1852.

Voici donc résumée "l'histoire" assez rocambolesque du Curé Dany lors de son passage à La Machine de 1831 à 1848.La suite de l'histoire ne mentionne pas ses péripéties ailleurs que dans notre ville.

Cette histoire a été lue 564 fois